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May 25, 2026

Bookshelf wealth : quand l’étagère devient le nouveau récit de soi

On croyait avoir tout vu en matière de tendances déco : le « quiet luxury », le « grandmillennial », le « dark academia ». Puis est arrivé le bookshelf wealth, un terme inventé fin 2023 par la designer Kailee Blalock du studio californien House of Hive Design Co., dont la vidéo TikTok a dépassé le 1,4 million de vues en quelques semaines (The Everygirl). Le mot-clic #bookshelfwealth cumule aujourd’hui plus de 3,8 milliards de vues sur TikTok (Dwell), et le Cambridge Dictionary a intégré l’expression à ses « new words » dès avril 2024 (Cambridge Dictionary).

Sa définition tient en une ligne : une bibliothèque domestique remplie de livres et d’objets que l’on aime réellement, plutôt que de pièces choisies pour paraître cultivé ou stylé. C’est un anti-trend, comme l’a souligné Blalock elle-même : « These aren’t display books. These are books that have actually been curated and read » (The Everygirl).

Pourquoi maintenant, pourquoi à ce point

Le timing n’a rien d’un hasard. En janvier 2026, Dazed se demandait si l’année serait celle de l’analogue, en s’appuyant sur l’explosion de contenus TikTok vantant les appareils photo numériques au lieu de l’iPhone, les journaux intimes au lieu de l’app Notes, les iPods chargés de playlists faites à la main au lieu des recommandations algorithmiques de Spotify. La Dre Kaitlyn Regehr, professeure associée à UCL et autrice de Smartphone Nation, y compare déjà l’usage compulsif des écrans au Bookshelf wealth : quand l’étagère devient le nouveau récit de soi

On croyait avoir tout vu en matière de tendances déco : le « quiet luxury », le « grandmillennial », le « dark academia ». Puis est arrivé le bookshelf wealth, un terme inventé fin 2023 par la designer Kailee Blalock du studio californien House of Hive Design Co., dont la vidéo TikTok a dépassé le 1,4 million de vues en quelques semaines (The Everygirl). Le mot-clic #bookshelfwealth cumule aujourd’hui plus de 3,8 milliards de vues sur TikTok (Dwell), et le Cambridge Dictionary a intégré l’expression à ses « new words » dès avril 2024 (Cambridge Dictionary).

Sa définition tient en une ligne : une bibliothèque domestique remplie de livres et d’objets que l’on aime réellement, plutôt que de pièces choisies pour paraître cultivé ou stylé. C’est un anti-trend, comme l’a souligné Blalock elle-même : « These aren’t display books. These are books that have actually been curated and read » (The Everygirl).

 

Pourquoi maintenant, pourquoi à ce point

Le timing n’a rien d’un hasard. En janvier 2026, Dazed se demandait si l’année serait celle de l’analogue, en s’appuyant sur l’explosion de contenus TikTok vantant les appareils photo numériques au lieu de l’iPhone, les journaux intimes au lieu de l’app Notes, les iPods chargés de playlists faites à la main au lieu des recommandations algorithmiques de Spotify. La Dre Kaitlyn Regehr, professeure associée à UCL et autrice de Smartphone Nation, y compare déjà l’usage compulsif des écrans au tabagisme dans les salles d’accouchement des années 1970 : « something that’s wildly outdated and unhealthy » (Dazed).

La donnée qui résume tout : seulement 29 % des adultes britanniques estiment que leur expérience en ligne a un effet positif sur leur santé mentale, contre 33 % en 2024 (Ofcom 2025, cité dans Dazed). Le pendule revient.

Et il revient avec des livres. Selon Eventbrite, les inscriptions à des événements de book clubs ont bondi de 24 % aux États-Unis entre 2022 et 2023 (CNN Business). Le rapport State of Reading 2025 d’Everand indique que 37 % de ses utilisateurs ont participé à un book club en 2025 (People via AOL). Google a classé « reading weekend » parmi les tendances montantes de 2026, et Pinterest enregistre une hausse de 265 % des recherches pour « book club retreat ideas » (Good e-Reader). Le silent book club, format où l’on se réunit en café ou en bibliothèque simplement pour lire en silence, compte désormais plus de 2 000 chapitres dans 60 pays (Bookstoreadonline).

Le lien entre le bookshelf wealth et la résurgence des book clubs n’est donc pas une coïncidence esthétique. C’est le même mouvement de fond : une génération saturée d’écrans qui réinvestit l’objet livre, l’objet temps, l’objet présence. La bibliothèque domestique devient la version privée de ce que le book club incarne en public.

L’étagère comme architecture du soi

Bien avant TikTok, la bibliothèque domestique était déjà un marqueur de statut. Les Harvard Classics, publiées à partir de 1909, étaient vendues avec une étagère de cinq pieds spécialement conçue pour les contenir, et un livret promettant un programme de lecture en quinze minutes par jour. Le Book-of-the-Month Club américain a été fondé en 1926 (Rappler). L’histoire du meuble-bibliothèque comme déclaration culturelle est centenaire.

Ce qui change en 2026, c’est la pièce elle-même. La bibliothèque cesse d’être un contenant neutre. Elle redevient ce qu’elle était à la Renaissance dans les studioli italiens : une scène, un autoportrait, un objet sculptural à part entière.

Voici sept bibliothèques disponibles au Québec, qui couvrent l’éventail des budgets et des intentions.

Sept bibliothèques pour habiter la tendance

Disk, par Sacha Lakic. Une structure noire fine sertie de disques de verre coloré, conçus comme un vitrail contemporain. La pièce joue sur la transparence et la lumière. Idéale pour qui veut afficher quelques objets précis et laisser le meuble lui-même devenir l’œuvre.

Ruban, par Luca Binaglia. Une bibliothèque qui se déploie comme un ruban, étagères de bois soulignées d’une bande laquée. La fluidité formelle structure l’espace sans l’écraser. Convient aux intérieurs qui veulent du volume sans verser dans la massivité du built-in à l’américaine.

Primordial, Roche Bobois. Silhouette organique, irrégulière, travaillée à la main comme une sculpture. C’est la pièce-statement par excellence : elle assume qu’une bibliothèque puisse être une œuvre avant d’être un rangement.

Nuage à Plots, par Charlotte Perriand. Une référence absolue du XXᵉ siècle. Conçue par Perriand entre 1952 et 1956, inspirée des étagères flottantes du Palais impérial de Kyoto, et rééditée par Cassina depuis 2012. Étagères en chêne massif, éléments verticaux en aluminium anodisé courbé. C’est la bibliothèque qu’on achète une fois et qu’on transmet.

Bibliothèque Fil, par Pierre Paulin. Conçue par Paulin en 1972, structure en fil d’acier laqué et étagères en contreplaqué de hêtre. Minimaliste, modulaire, légère visuellement. C’est l’option pour qui veut faire entrer un classique du design français dans son salon sans bloquer la lumière. Ligne Roset est distribué à Montréal via Maison Corbeil au sein du groupe Must Société (La Presse, 3 décembre 2025).

Strip, Castiglia Associati pour Da a, vendue chez Bonaldo Montréal. Cadre métallique soudé à la main, finition noire, version intérieure ou intérieure-extérieure. Graphique, presque architecturale. Disponible directement en showroom au 2, rue Le Royer dans le Vieux-Montréal (Bonaldo Montréal).

Grow Simple Shelving Unit, EQ3. Système modulaire signé EQ3, la marque canadienne basée à Winnipeg, avec montants en hévéa massif plaqué de chêne blanc. Modulable horizontalement, conçu pour s’étendre dans le temps. La pièce d’entrée de gamme pour qui veut construire son bookshelf wealth par strates, sans engager d’emblée le prix d’une icône signée.

La nuance qui compte

Une critique mérite d’être posée. Le bookshelf wealth peut basculer dans ce que Dazed décrit pour la mouvance analogue : une surconsommation déguisée en bien-être. Acheter une bibliothèque pour paraître quelqu’un qui lit, ce n’est plus du bookshelf wealth, c’est son contraire exact. La designer Taylor Migliazzo Simon le formule sans ambiguïté : « If you rush to buy a bunch of books or try to achieve an aesthetic for the sake of a trend, it will come off as inauthentic » (The Everygirl).

La pièce de mobilier, elle, n’est pas la tendance. Elle en est l’infrastructure. Choisir une bibliothèque qui tient trente ans, c’est faire le pari inverse de l’algorithme : un objet long, dans une économie de l’attention courte. C’est probablement ce que le retour du livre, du book club et du vinyle nous dit collectivement depuis deux ans. Le statut, en 2026, ne s’achète plus à la pièce. Il se construit dans la durée.

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Filed Under: Français, Tendances Tagged With: astuces déco, Bookshelf Wealth, Charlotte Perriand, Damask & Dentelle, décorer avec des livres, featured, Idées pour la maison, Roche Bobois, tendance déco

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Vanessa Sicotte

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