On répète depuis toujours que l’emplacement est la règle numéro un en immobilier. En architecture, l’adresse ne suffit évidemment pas. Il faut aussi comprendre le terrain, son orientation, ses vues et sa lumière.
C’est précisément ce qui m’intéresse dans cette résidence conçue par Michael Taylor Architecture + Design dans le sud de l’Ontario. Terminée en 2010, la maison de 3 400 pieds carrés est installée au bord d’un lac privé. Pour la concevoir, Taylor a étudié les perspectives sur l’eau, la trajectoire du soleil, les matériaux de la région et même les différentes couleurs du ciel.
Le projet s’inscrit aussi dans une histoire beaucoup plus longue de maisons modernes qui utilisent le verre pour établir une relation directe avec leur environnement.

Petite histoire de maisons de verre
Difficile de regarder une maison moderne largement vitrée sans penser à deux des résidences les plus célèbres du XXe siècle : la Glass House de Philip Johnson, terminée en 1949 à New Canaan, au Connecticut, et la Farnsworth House de Ludwig Mies van der Rohe, achevée en 1951 près de Chicago.
Les deux projets sont intimement liés. Johnson connaissait les plans de la Farnsworth House alors qu’il travaillait sur sa propre résidence et reconnaîtra lui-même l’influence de Mies. Les deux architectes explorent alors une idée assez radicale pour l’architecture domestique : remplacer une grande partie des murs extérieurs traditionnels par du verre.
Chez Mies, la Farnsworth House est essentiellement constituée de deux plans horizontaux, le plancher et le toit, soutenus par huit colonnes d’acier. Les parois de verre laissent le paysage visible depuis presque tout l’intérieur.
Johnson pousse encore davantage l’expérience avec une maison dont les quatre façades sont vitrées. La Glass House devient rapidement une référence de l’architecture moderne américaine et contribue à faire entrer les principes de l’International Style dans l’architecture résidentielle.
Plus de soixante ans plus tard, la Lake House de Michael Taylor reprend plusieurs questions posées par ces maisons : jusqu’où ouvrir une résidence sur son environnement? Comment utiliser le verre pour organiser les vues? Quelle place donner au paysage dans le plan?
Taylor choisit une utilisation beaucoup plus sélective du verre. La transparence devient l’un des outils utilisés pour répondre aux particularités du terrain.

Cacher le lac
À l’arrivée, de longs murs en calcaire de l’Ontario structurent l’entrée et limitent volontairement les perspectives vers le lac. Le paysage se découvre progressivement lorsqu’on avance vers les espaces de vie.
Le choix du calcaire participe aussi à cette réflexion sur le site. La pierre provient de l’Ontario et donne une présence importante aux murs qui encadrent la maison et ses espaces extérieurs.
Dessiner la vue
Du côté du lac, la façade est largement vitrée. Aux deux extrémités, le verre se courbe pour créer des espaces arrondis qui accueillent la salle à manger et le salon.
Ces courbes élargissent le champ visuel depuis les pièces principales et multiplient les perspectives sur le lac. Elles montrent aussi que la conception d’une vue dépend de décisions très concrètes : la position d’une ouverture, ses dimensions, son orientation et l’endroit depuis lequel on la regarde.
C’est ici que l’héritage de la glass house devient particulièrement visible. Le verre est utilisé comme un véritable élément architectural pour organiser la relation avec le terrain.

Suivre le soleil
Taylor accorde la même attention à la lumière naturelle.
Trois grandes ouvertures elliptiques percent le toit. Leur emplacement a été déterminé en fonction du déplacement du soleil afin de faire entrer la lumière à différents moments de la journée. Un autre puits de lumière, long et étroit, longe deux côtés du volume central qui contient l’étage.
La lumière naturelle fait donc partie des éléments étudiés dès la conception, avec des ouvertures dessinées et positionnées en fonction des conditions précises du terrain.

Photographier le ciel
Et voici probablement mon détail préféré.
Le volume de l’étage est recouvert de panneaux de verre dans différentes nuances de bleu. Pour déterminer lesquelles utiliser, l’équipe de Michael Taylor a photographié le ciel au-dessus de la propriété. Les couleurs relevées sur ces photographies ont ensuite servi à sélectionner les teintes du verre.
J’adore.
Parce que ce détail permet de comprendre la méthode derrière le projet. Observer, documenter, puis utiliser les informations recueillies pour prendre une décision de design.
C’est finalement ce qui rend cette maison intéressante dans la longue histoire des maisons de verre. Taylor reprend une question que Mies et Johnson posaient déjà au milieu du XXe siècle et l’applique aux conditions particulières de ce terrain ontarien.
Location, location, location. Ici, l’emplacement n’est pas simplement l’endroit où la maison a été construite. Il fournit une bonne partie des informations qui ont servi à la dessiner.

Source: Michael Taylor Architecture + Design
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